Les conseils d’une enseignante aux parents d’enfants dyslexiques

J’ai posé quelques questions à Élise Goulet Pedersen, une enseignante passionnée d’Ottawa. Elle a créé le blogue Le Fabuleux destin d’une enseignante où elle partage des ressources pédagogiques et des stratégies en enseignement.

Je souhaitais avoir son point de vue sur les élèves dyslexiques ou qui ont des difficultés de lecture et ses conseils pour bâtir une relation de confiance entre le parent et l’enseignant.
Point de vue d'une enseignante sur les défis d'enseigner à des élèves dyslexiques et la relation parent et enseignant

1- Pourquoi es-tu devenue enseignante?

Toute petite, je rêvais de devenir enseignante. Je jouais à l’école à tous les jours avec ma sœur cadette qui est, elle aussi, devenue enseignante. Mais mes passions ont changé en cours de route et j’ai fait des études pour devenir journaliste. Entre temps, j’enseignais des cours artistiques à des enfants le samedi matin et j’étais animatrice dans un camp de jour l’été. J’ai découvert une passion pour travailler avec la jeunesse et j’ai modifié mon plan d’études pour ajouter la psychologie, avant d’aller faire mon bac en enseignement.

Ce que j’aime de l’enseignement c’est qu’on peut inspirer la jeunesse à agir, à voir le monde de façon différente et lui donner le goût d’apprendre. Dans mon métier, je sens que je fais une vraie différence dans la vie des gens et c’est ce qui m’a attiré vers l’enseignement.

2- Comment vois-tu la relation enseignant et parent? Quels sont tes conseils pour favoriser une bonne relation?

Une bonne relation entre l’enseignant et le parent est essentielle pour assurer le bien-être et la réussite de l’élève à l’école. Chaque côté a parfois peur de communiquer avec l’autre, mais c’est en communiquant et en travaillant ensemble dès le début de l’année qu’on développe une relation efficace et ouverte.

Je commence l’année en envoyant une lettre de bienvenue avec mes coordonnées qui explique mes valeurs et mon fonctionnement aux parents. Si l’enseignant de votre enfant n’a pas cette pratique et que vous désirez vous présenter, faites-le. Comme enseignante, j’aime recevoir un courriel d’un parent qui se présente et me partage des informations au sujet de son enfant qui a des difficultés d’apprentissage et me partage des stratégies qui ont fonctionné dans le passé. J’enseigne au cycle intermédiaire (7e-8e année, secondaire 1-2), donc j’ai souvent au-delà de 75 élèves. Passer à travers tous les dossiers scolaires me prend quelques semaines. Par contre, si un parent m’écrit dès la première semaine, je suis en mesure d’aider son enfant de façon plus adaptée très rapidement.

Quand l’élève ne remet pas un devoir ou vit un incident négatif à l’école, j’aime communiquer avec le parent immédiatement pour éviter les surprises. Je fais la même chose lorsqu’un enfant vit un échec dans un travail ou démontre des difficultés en classe. Les parents en sont habituellement reconnaissants. Je n’attends pas au bulletin ou à la rencontre de parents pour le faire. Comme parent, sentez-vous à l’aise de communiquer avec l’école aussitôt que vous avez des inquiétudes ou des questions. N’attendez pas.

3- Quels sont les plus grands défis que rencontre un enseignant avec un élève dyslexique ou qui a des difficultés de lecture?

J’enseigne aux adolescents de 12-13 ans et le plus grand défi que je rencontre avec mes élèves qui ont une difficulté de lecture et d’écriture est le manque de motivation et de confiance. Après avoir vécu des difficultés et souvent des échecs pour une grande partie de leur scolarité, ils n’ont souvent plus le goût de mettre l’effort. Je dois alors trouver une façon de les accrocher, de les intéresser et de leur faire vivre de petits succès.

Un autre défi pour l’enseignant est le manque d’information. Plusieurs élèves qui ont de la difficulté à lire ou écrire n’ont pas été officiellement diagnostiqués avec la dyslexie ou une autre difficulté d’apprentissage. À ce moment, nous devons en discuter avec les parents, ce qui n’est pas toujours facile à entendre pour eux, afin de déterminer un plan d’action. C’est un processus qui peut être long et entre-temps on doit trouver des stratégies pour aider l’élève le mieux possible sans connaître avec certitude la cause de sa difficulté.

4- Quels sont les accommodements apportés en classe pour les élèves en difficultés?

Une variété d’adaptations peuvent être apportées en classe pour les élèves en difficulté d’apprentissage ou de comportement. Un élève peut avoir accès à ces accommodements grâce à une évaluation faite par un professionnel ou à une discussion avec l’enseignant.

Dans ma province, l’Ontario, un élève qui a un diagnostic professionnel indiquant une difficulté d’apprentissage ou de comportement peut avoir un plan d’enseignement individualisé (PEI), un document légal qui lui donnera accès à des adaptations ou des modifications répondant à ses besoins. La pratique est très semblable au Québec et dans les autres provinces, à ma connaissance. Par exemple, un élève dyslexique pourrait avoir accès à un ordinateur portable avec divers logiciels pour lui venir en aide lors de la lecture et l’écriture (numérisation de textes, lecture de textes, reconnaissance de la voix, correcteur, etc.). Une autre adaptation est d’avoir l’aide d’un enseignant ou d’un éducateur lors d’évaluations ou de travaux : lire les questions, identifier les mots clés, donner des explications supplémentaires et écrire des réponses dictées à l’oral. Selon le besoin de l’élève, les évaluations peuvent être modifiées, raccourcies, imprimées en plus gros caractères, on peut donner plus de temps à l’élève pour le compléter ou lui offrir un endroit calme et isolé.

Si l’élève n’a pas de PEI, l’enseignant peut quand même lui fournir un endroit calme lors des évaluations, lui expliquer les questions plus en détail ou le jumeler avec un élève mentor lors de travaux formatifs. Il peut s’asseoir à l’avant de la classe, participer à des cliniques d’aide si elles sont offertes à l’école, recevoir du tutorat ou des exercices supplémentaires pour se pratiquer à la maison. Malheureusement, les accommodements plus poussés ne sont disponibles qu’aux élèves avec un diagnostic officiel et un PEI.

5- Quels sont tes conseils aux parents d’enfants ayant des difficultés de lecture ou une dyslexie? Qu’est-ce que les parents peuvent faire pour valoriser l’école et la lecture à la maison?

Mon premier conseil aux parents d’élèves en difficulté est de parler à l’enseignant dès le début de l’année scolaire. Donnez un aperçu des forces et des besoins de votre enfant en matière de lecture et écriture. Faites un suivi constant auprès de votre enfant et de son enseignant pour voir si les stratégies mises en place en classe fonctionnent. Si votre enfant semble prendre de plus en plus de recul, demandez de l’aide à l’enseignant ressource de l’école. Ils pourront vous suggérer des solutions, comme d’embaucher un tuteur, de suivre des cours de rattrapage l’été ou d’utiliser certains logiciels de lecture et de rédaction à la maison. Il pourront aussi vous guider dans les démarches à suivre si vous désirez avoir une évaluation officielle afin qu’un professionnel puisse placer un diagnostic à votre enfant.

L’aide que le parent peut apporter à la maison fera toute la différence. Il m’arrive comme enseignante d’avoir une classe ou le tiers des élèves a une difficulté d’apprentissage ou de comportement. Il est donc impossible pour moi de donner du un à un autant que je le désirerais. Je n’ai malheureusement pas le temps ou les ressources nécessaires.

Voici donc quelques conseils pour valoriser l’école et la lecture à la maison :

  • Parler de l’école de façon positive et s’intéresser à la journée de son enfant. Un parent qui questionne son enfant au sujet de sa journée, regarde ses travaux et s’intéresse à la matière enseignée démontre que l’école est importante et peut même être amusante.
  • Encourager son enfant à participer à une activité parascolaire afin d’avoir une autre source de motivation pour se rendre à l’école tous les matins.
  • Faire de la lecture une activité familiale. Lire devant ses enfants. Discuter de ses lectures. Visiter la bibliothèque, la librairie ou le salon du livre ensemble.
  • Explorer différents formats de lecture : roman papier, livre électronique, application sur tablette numérique, article de revue, recette, reportage, etc.
  • Puiser dans les intérêts de son enfant et aller chercher des lectures qui l’intéressent : sports, plein air, arts, jeux vidéos, danse, animaux, etc.
  • Lire à son enfant, même s’il est plus vieux. Je lis le roman à l’étude à voix haute à mes élèves de 13 ans et ils adorent ça. Nous lisons aussi à tour de rôle, donc ils pratiquent leur fluidité en même temps.

Bref, l’enseignant fait son possible pour aider et motiver l’élève dyslexique ou en difficulté de lecture et écriture. Cependant, la communication entre l’école et la maison reste l’ingrédient primordial pour assurer la réussite de l’élève. Lorsqu’un parent engagé travaille avec un enseignant déterminé, l’enfant ne peut qu’en sortir gagnant.

Élise Goulet Pederson : enseignante à Ottawa

Élise Goulet Pedersen, enseignante agréée de l’Ontario

J’enseigne le français et les sciences sociales dans une école secondaire de langue française à Ottawa, en Ontario, depuis maintenant 10 ans. Je me spécialise en lecture et en approche culturelle de l’enseignement. J’aime partager ma passion pour apprendre et mon amour pour la francophonie ontarienne, canadienne et mondiale avec les adolescents à qui j’enseigne. Je suis une maman, une épouse et une fière Franco-ontarienne qui aime passer du temps en famille, lire, écouter la télévision et bloguer.

 

Si vous avez aimé cet entretien, vous aimerez aussi le point de vue de Marie-Philippe Rodrigue, orthophoniste, et ses trucs pour encourager son enfant à lire.