Le paradoxe de la maternité

Il existe toutes sortes de maternités. Être mère, c’est incarner un rôle plus grand que nature, un rôle pour lequel nous ne sommes jamais tout à fait prêtes. Des émotions contradictoires nous tiraillent dès lors que nous mettons au monde un enfant.

L’excellent essai Les tranchées de Fanny Britt, publié en 2013 aux éditions Atelier 10 aborde de façon unique la maternité et ses contradictions. Je relis régulièrement cet essai où s’entremêlent conversations, dialogues et fictions. Fanny Britt a joint à ses propres questionnements, des réflexions d’autres mères et de femmes sans enfants.

Elle aborde donc la maternité du point de vue de l’ambiguïté. L’ambiguïté maternelle, c’est cette zone grise où se mélangent à la fois l’amour inconditionnel pour nos enfants et l’étau étouffant que peut constituer la maternité. C’est aussi la peur de faire fausse route, de manquer son coup et la sourde inquiétude qui nous pulvérise parfois le cœur et ne cesse jamais vraiment de nous tirailler.

 

« N’est-il pas là, le plus grand paradoxe de la maternité ? On veut faire des enfants, parfois jusqu’à l’obsession, jusqu’à nier la valeur de toutes les autres sphères de l’existence, et pourtant la tâche est pénible, souvent. Je ne parle pas ici du quotidien, des irritants mineurs de la routine familiale, des petites maladies ou des vies sociales amputées. Je parle de l’angoisse profonde de s’arroger la responsabilité d’un autre être humain, je parle de l’amour submergeant, tyrannique, je parle de la fièvre et du calvaire de n’avoir jamais le cœur tout à fait tranquille… »

Fanny Britt, Les tranchées

 

Je me suis sentie moins seule avec mes angoisses maternelles lorsque j’ai lu ce passage. À la naissance de mon premier enfant, ce sont des sentiments d’impuissance, de peur, mais aussi d’exaltation qui se sont emparés de moi. C’est comme si mon enfant avait ouvert une valve que je n’ai jamais pu refermer. Une vulnérabilité que je ne croyais pas avoir. Et avec ce nouvel état de mère, je ne pouvais plus reculer devant mon devoir d’élever correctement mon enfant et où j’ai senti la pression intérieure et extérieure de performer dans ce rôle.

Le deuil de l’enfant rêvé, mais aussi de la mère rêvée

On se forge probablement toutes une image du comment on souhaite être quand on sera mère et Fanny Britt ne cache pas le fait que son idéal de mère ne s’est pas tout à fait concrétisé. La réalité se charge de nous le démontrer. La mère idéalisée cède le pas à la mère humaine et imparfaite qui guide un enfant tout aussi imparfait. C’est ce sentiment de ne pas toujours se sentir à la hauteur, de concéder certaines choses à nos enfants alors que nous croyions être plus fortes que ça. C’est aussi se trouver bonnes et fières d’être mère en ayant transmis des valeurs que nous voyons poindre dans les actions de nos enfants.

La comparaison

Le texte aborde aussi la comparaison entre mères et la recherche de modèles à émuler. On veut être de bonnes mères et on cherche à s’améliorer en allant puiser des réponses chez les autres. Mais le doute même s’il ne laisse rarement nos cœurs tranquilles nous propulse vers l’avant.

L’une des choses les plus précieuses que la maternité m’ait apportées c’est l’empathie. C’est cette capacité à être touchée par ce que les autres vivent. Non pas que je ne l’avais pas avant, mais c’est devenu une acuité. J’ai compris que chaque femme, mère ou non-mère, fait ce qu’elle peut, doit faire et croit être le mieux. Que ce que je vois en surface n’est justement que la surface et que la quiétude apparente des autres ne dit pas tout.

La sincérité qui émane de ce texte est percutante. Lisez-le ou relisez-le.

Cet texte a d’abord été publié sur le blogue du magazine indépendant Planète F.