J’aimerais pouvoir être dans le cerveau et le corps de mon fils pour mieux le comprendre

La dyspraxie ou le trouble de l’acquisition de la coordination est un réel trouble qui touche 5% à 6% des enfants. Selon Le Robert 2013 la dyspraxie est la  : Difficulté à effectuer des mouvements coordonnés, à se rendre compte de la situation de son propre corps dans l’espace, en l’absence de toute lésion organique.

Une deuxième définition plus spécialisée est aussi incluse : Trouble évolutif d’ordre psychomoteur et parfois affectif, souvent accompagné de difficultés d’apprentissage de la lecture, de l’écriture et du calcul (dyscalculie, dysgraphie, dyslexie, dysorthographie). C’est aussi un trouble très largement inconnu du grand public. Puisque la dyspraxie n’est pas apparente à première vue, un enfant ayant une dyspraxie, sera souvent qualifié de turbulent, de désorganisé, de maladroit, d’inattentif ou de ne pas mettre les efforts qu’il faut. Selon ma compréhension de la chose, c’est l’ampleur et l’intensité des symptômes qui permettent de poser un diagnostic, tout comme pour le TDAH.

Le document intitulé Les enfants présentant un trouble de l’acquisition de la coordination : Stratégies pour mieux réussir à la maison, en classe et dans la communauté, créé par CanChild est une excellente référence sur ce trouble. CanChild est le Centre for Childhood Disability Research de la McMaster University à Hamilton.

Mon fils de 7 ans a eu son diagnostic officiel en septembre 2014. Depuis cette date, on peut dire qu’on le comprend mieux et on l’accompagne mieux. Il est important de savoir que chaque enfant avec une dyspraxie ne manifestera pas nécessairement tous les symptômes associés à ce trouble, certaines sphères seront plus développées que d’autres. Mon fils a pour sa part un esprit logique et mathématique fort. Donc, pas de problèmes en calcul ni avec les casses-têtes et les lego. Il est même tout à fait surprenant de voir comment il peut décoder un plan et avoir autant de difficultés à lire certains mots vus maintes et maintes fois.

Quand on repense à quand il était plus petit, on revoit plusieurs signes pouvant être associés à sa dyspraxie:

  • Il marchait d’une drôle de façon. Nous avions alors consulté un podiatre qui nous avait affirmé que tout était normal.
  • Son éducateur de la garderie disait qu’il était tout mou, qu’il n’avait pas de tonus.
  • Sa toute première évaluation écrite par son orthophoniste avait émis l’hypothèse de difficultés praxiques. Il avait un retard de langage très marqué.
  • Il n’aimait pas colorier, crayonner, peinturer.
  • Il machouillait tout ce qu’il voyait et il le fait encore beaucoup à 7 ans.
  • Il a été propre tard, un peu avant 4 ans.
  • Il hypersalive encore et depuis toujours.
  • Il renversait systématiquement son verre à chaque repas (moins fréquent maintenant).
  • Ses contacts étaient difficiles avec les autres (un peu mieux maintenant).
  • Il tombait de sa chaise régulièrement (a toujours de la difficulté à rester sur sa chaise).
  • Il devait être attaché sur sa chaise pour manger à la garderie même à 3 ans.
  • Il devait manger loin de ses camarades à la garderie. On le plaçait à part, car il avait besoin d’espace (difficulté à gérer son propre espace).
  • Il n’utilisait pas d’ustensiles et tient toujours ses ustensiles de façon inappropriée.
  • Il a toujours préféré des aliments mous, n’aime pas la viande en général.
  • À la maternelle, ses dessins étaient immatures. Ils le sont encore maintenant, mais il y a eu amélioration.
  • Il a finalement réussi à manipuler un crayon pour écrire, mais son écriture demeure laborieuse et difficile.
  • L’année dernière, il avait de la difficulté à trouver son local de classe même à la fin de l’année.
  • Il fonçait dans les gens dans les endroits publics. Malgré nos avertissements, il n’arrivait pas à se contrôler. Il était sincèrement désolé, mais recommençait.
  • Il s’est toujours tenu loin des sports, surtout d’équipe.
  • Son apprentissage de la lecture est lent, malgré son amour des histoires et des livres.
  • N’aime pas porter des chemises et des vêtements qui l’irritent. Tous ses pantalons sont sans fermeture éclair ni bouton.
  • ….

Puisque la dyspraxie arrive rarement seule, des troubles associés sont en général présents. Il est donc clairement très difficile de discerner quel symptôme est associé à quel trouble. Comment différencier sa dyspraxie de son TDAH ou de sa possible dyslexie? Grande question! Puisque tout se joue dans le cerveau et qu’aucun marqueur biologique nous permet d’affirmer si oui ou non il s’agit de ce trouble ou d’un autre, il faut accepter ces réalités, sans chercher à toujours tout comprendre (bien malgré moi). Comme parent, comme conjoint, on fait de notre mieux, on va chercher de l’aide, on se parle, on se fait confiance, on remet en question, on s’aime.